Gestion · · 6 min de lecture
Vendre par facilités en Tunisie sans chèque postdaté (2026)
Depuis la réforme du chèque, le chèque postdaté ne sert plus de crédit. 5 façons légales de vendre en plusieurs fois, et comment suivre chaque échéance.

Pendant des années, le magasin de meubles ou d'électroménager vendait « par facilités » avec une liasse de chèques datés mois par mois. Depuis le 2 février 2025, ce modèle ne tient plus. Le client veut toujours payer en plusieurs fois : voici ce qui a changé et comment continuer à vendre sans prendre de risque.
Ce que la réforme du chèque a changé
La loi n° 2024-41 du 2 août 2024 et la circulaire BCT 2024-14 sont entrées en vigueur le 2 février 2025 :
- le chèque redevient un moyen de paiement immédiat, pas un crédit : la pratique du chèque postdaté est visée ;
- chaque chèque porte un QR code qui ouvre la plateforme TuniChèque, où le bénéficiaire vérifie le chèque et réserve son montant ;
- un chèque ne peut pas dépasser 30 000 DT (plafond fixé par la banque, chèque certifié à part), il est barré par défaut et nominatif ;
- un chèque sans provision de 5 000 DT ou moins n'est plus poursuivi pénalement.
Résultat : selon une enquête de l'IACE publiée en mai 2025, 29 % des personnes interrogées ont renoncé à un achat ou l'ont reporté depuis la réforme (rapporté par Le Temps le 28 octobre 2026). Le commerçant qui ne propose plus de facilités perd ces ventes.
5 façons de vendre en plusieurs fois
- L'acompte et le solde à la livraison. Le client verse une partie à la commande, le reste quand il reçoit l'article. Simple, sans tiers, adapté aux achats sur deux ou trois semaines.
- La traite (lettre de change). Le client accepte une traite par échéance. C'est l'outil prévu pour payer à terme, mais un impayé ne mène pas à des poursuites pénales comme le chèque : réservez-la aux clients que vous connaissez, et demandez à votre banque l'aval pour les gros montants.
- Le crédit via un partenaire. Une banque ou un organisme de crédit paie le magasin comptant, le client rembourse l'organisme. Vous n'avez plus de risque, mais tous les clients ne sont pas éligibles (indépendants, revenus irréguliers).
- La carte à débit différé et le paiement mobile. Le client paie par carte ou par téléphone, sa banque étale le débit. Un terminal de paiement devient indispensable ; le projet de loi de finances 2027 propose d'ailleurs de supprimer les droits de douane sur les TPE (article 69, à confirmer au vote).
- Le paiement en plusieurs fois à la caisse, chaque échéance encaissée le jour J. Le client revient payer chaque mois en espèces, par virement ou par un chèque daté du jour. Fixez les montants et les dates par écrit, signés par le client.
Quelle que soit la formule, faites valider vos documents (contrat, reconnaissance de dette) par un avocat ou votre expert-comptable : cet article n'est pas un conseil juridique. Pour les règles des effets, voir notre guide chèques et traites.
Le vrai risque : perdre le fil des échéances
Vendre en plusieurs fois, c'est suivre des dizaines de soldes : qui doit combien, depuis quand, quelle traite arrive à échéance cette semaine. Sur un cahier, une échéance oubliée est un impayé. Et si une traite revient impayée, voici que faire.
Exemple chiffré : un salon à 3 600 DT en quatre fois
Prenons un exemple simple pour comparer les formules. Mme Ben Salah achète un salon à 3 600 DT TTC et veut payer sur quatre mois. Avant 2025, le magasin aurait pris quatre chèques de 900 DT datés du 5 de chaque mois. Aujourd'hui, voici trois façons de faire la même vente :
- Acompte et traites : 900 DT encaissés à la commande, puis trois traites de 900 DT acceptées par la cliente, à échéance du 5 des trois mois suivants. Le magasin note chaque traite avec sa date ; à chaque échéance, il la remet à l'encaissement.
- Acompte et versements à la caisse : 900 DT à la commande, puis la cliente revient chaque mois payer 900 DT en espèces ou par carte. Un échéancier signé fixe les dates. La facture reste « partiellement payée » jusqu'au dernier versement.
- Crédit partenaire : l'organisme de crédit paie 3 600 DT au magasin, la cliente le rembourse avec ses frais. Le magasin est payé tout de suite, mais la vente dépend de l'accord de l'organisme.
Dans les deux premiers cas, le risque reste chez vous. Il se gère avec trois règles : un acompte assez élevé pour couvrir au moins votre coût d'achat, une durée courte (quatre à six mois), et un suivi strict des échéances.
Comment fixer vos conditions de facilités
Écrivez une politique claire et appliquez-la à tous les clients ; c'est plus simple à expliquer au comptoir et plus facile à défendre en cas de litige.
- Le montant minimum. En dessous d'un certain prix, les facilités coûtent plus en suivi qu'elles ne rapportent. Beaucoup de magasins les réservent aux achats importants.
- L'acompte. Un acompte significatif engage le client et limite votre perte s'il ne paie pas la suite.
- La durée et le nombre d'échéances. Plus l'échéancier est long, plus le risque d'impayé monte. Gardez des échéances mensuelles à date fixe.
- Le prix. Vendre en plusieurs fois immobilise votre trésorerie. Si vous appliquez un prix différent pour les facilités, affichez-le clairement et faites-le valider par votre conseil.
- Le document signé. Montants, dates, mode de paiement de chaque échéance, et ce qui se passe en cas de retard : tout est écrit et signé par le client.
Les erreurs qui coûtent cher
- Continuer à demander des chèques datés dans le futur. Le chèque est payable dès sa présentation : il ne protège plus votre échéancier et met le client en difficulté.
- Livrer avant d'avoir l'acompte. Sans acompte, le client n'a rien engagé.
- Suivre les échéances de mémoire. Une relance faite le jour même est payée plus souvent qu'une relance faite trois semaines plus tard.
- Mélanger les ventes au comptant et à crédit dans le même cahier. En fin de mois, personne ne sait plus ce qui reste à encaisser.
Avec Gesty : chaque facilité suivie au millime
- Enregistrez un paiement partiel sur la facture ou le bon de livraison : le document passe « Partiellement payé » et affiche le reste à payer.
- Chaque client a son solde : vous voyez d'un coup d'œil ce qu'il doit encore.
- Les traites sont suivies avec leur échéance et leur état ; filtrez celles qui arrivent à échéance.
- Les encaissements se font aussi depuis la caisse, en espèces, par carte ou par virement.
Voir les paiements dans Gesty. Essayez Gesty gratuitement pendant 30 jours.
Questions fréquentes
Le chèque postdaté est-il interdit en Tunisie ?
Depuis le 2 février 2025, le chèque est un moyen de paiement immédiat. Il ne doit plus servir à payer à crédit ; pour payer plus tard, on utilise la traite ou un crédit.
La traite remplace-t-elle le chèque ?
Elle sert à payer à échéance, mais un impayé suit la voie civile, pas pénale. Elle convient aux clients fiables ou avalisés par leur banque.
Quel est le montant maximum d'un chèque ?
30 000 DT au plus par chèque, selon le plafond fixé par la banque ; le chèque certifié n'est pas concerné.
Comment suivre les paiements en plusieurs fois ?
Enregistrez chaque versement sur la facture : un logiciel comme Gesty calcule le reste à payer et le solde de chaque client.
Peut-on encore accepter un chèque pour une vente par facilités ?
Oui, pour une échéance payée le jour même : le client vous remet un chèque daté du jour de l'échéance, que vous déposez aussitôt. Ce qui ne marche plus, c'est la liasse de chèques remise à l'avance.
https://gesty.tn/blog/vente-par-facilites-sans-cheque-tunisie